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1945 : la Libération des camps de concentration

par Provence 1944 25 Janvier 2015, 21:26 Histoire

LA LIBERATION DES CAMPS

Par Jérôme Croyet

Docteur en Histoire, président de Mémoires de l’Ain 39-45

auteur de Provence 1944

6 millions de morts.

Un chiffre si grand que l’on ne peut pas matérialiser son importance.

6 millions de morts c’est 30 fois le tsunami du 26 décembre 2004. C’est la région Rhône Alpes.

6 millions de personnes c’est le bilan des camps de concentration et d’extermination.

L’Etat concentrationnaire

Dès mars 1933, le régime nazi ouvre les portes du premier camp de concentration au nord de Berlin. Elu chancelier en janvier 1933, Hitler, à partir de 1937, réuni tout les pouvoirs. Il légifère seul, comme un chef de bande. Afin d’asseoir son autorité, le régime National Socialiste crée la Schutzhaft : la possibilité par l’état d’interner un individu déclaré dangereux pour l’état. Hitler, pour mettre de l’ordre dans la terreur, s’appui sur sa Schuzstaffel dirigée par Himmler. Cette SS, bercée par l’idéologie raciste du völkisch, incluant les notions de peuple et de race, devient rapidement un état tentaculaire dans l’état. Eduqués selon les principes de Sang, Sélection et Dureté ou le monde est réparti entre les bons et les mauvais, les SS, élevés au rôle de police du Reich, obtiennent la garde des camps dès 1934. Les recrues venant de la petite bourgeoisie, machines obéissantes à une bureaucratie, sont déchargés de la responsabilité du crime et soumis à une hiérarchie stricte mais concurrente. En janvier 1945, l’état SS compte 37 674 gardiens hommes et 3 508 gardiens femmes.

La solution finale

Née de l’idée de suprématie de la race indo-germanique sur le monde, découle l’idée d’élimination des personnes non socialement désirables : les handicapés, les homosexuels, les juifs, les tziganes, puis, à partir du 22 juin 1941, des slaves puis d’une manière générale les opposants : communistes, résistants. Rapidement, les bourreaux, pour déshumaniser leurs victimes et permettre toute les interprétations, utilisent un langage codé : les hommes sont des « parasites », des « poux », leur mort une « diminution naturelle » et le moyen est de « traiter en conséquence ». Ne pas nommer leur forfait, facilite leur crime : on ne torture et on tue pas des être humains. C’est grâce au travail acharné de Himmler et de Hans Frank, qu’à la fin de l’automne 1941, la possibilité de réaliser le crime le plus immense de l’Histoire est réalisable. Le 20 janvier 1942, Heydrich réuni les chefs de la bureaucratie d’Etat SS pour organiser la solution finale. Ce qui ouvre la porte à la bureaucratisation de la mort en masse. Pourtant dès 1941, on commence le massacre : d’abord artisanal (fusillades de masses et gazage par camions), dès 1942 l’état SS industrialise la mort en créant une machinerie criminelle : les camps de concentration puis les camps d’extermination.

Les camps

C’est au sein d’au moins 22 camps de concentration et d’extermination, que les victimes sociales et politiques de la race arienne sont enfermées. Ces camps ont un système économique autonome caractérisé par l’esclavage et le vol. Les conditions de vie des détenus sont inhumaines, sans nom, mais caractérisé par la déshumanisation et le cynisme : une comptabilité juste de petites cuillères importe plus que la vie. Les détenus sont généralement déshabillés en public et uniformément revêtus de tenues rayées de mauvaise qualité où leur nom laisse la place à un numéro, leur état est caractérisé par une couleur. Dans les camps d’extermination le numéro est tatoué sur le bras. Dans les camps de concentration, la mort est lente et soumise à l’incohérence d’une logique qui échappe à tout entendement où la torture morale et physique est quotidienne. Dans les camps d’extermination, les cristaux bleu vert du Ziklon B et les gaz d’échappement de moteurs de chars emportent, après une sélection bestiale, 3 000 vies en 2 heures, de personnes à peine débarquées de trains. Les affaires des détenus sont recyclés par l’industrie de guerre SS tandis que des entreprises privées financent cet holocauste en payant l’état SS pour avoir de la main d’œuvre servile.

A ces camps se joignent les camps de prisonniers de guerre, Stalag et Oflag, au nombre de 78, où, de 1940 à 1945, 1 850 000 soldats français sont retenus dans des conditions difficiles voir effroyables, victimes eux aussi de la barbarie.

Le 23 novembre 1944, les alliés libèrent le camp de Natzwiller-Struthof dans les Vosges.

Le 27 janvier 1945, l’armée Rouge libère Auschwitz.

Une division de Provence dans l’Enfer

La vision de cette horreur sans nom pousse à l’exécution, le 29 avril 1945, de quelques SS et membres de la Gestapo du camp de Dachau lors de sa libération.

En effet, le 29 avril 1945, les gi’s du 157e régiment d’infanterie américain, endivisionné dans la 45th DI américaine, qui a débarquée sur les côtes de Provence le 15 août 1944, libèrent et découvrent l’horreur du camp de Dachau. Vers midi, les Américains venant de l’Ouest atteignent l’entrée du camp SS. Sur le chemin d’accès, ils découvrent un train en provenance de Buchenwald avec 39 wagons remplis de cadavres. D’autres découvrent avec stupeur les chambres à gaz et les fours crématoires ainsi que les centaines de cadavres éparpillés. L’horreur frappe tellement les soldats américains, que leur officier, le lieutenant Sparks témoigne que « l’Enfer de Dante n’était rien en comparaison de l’enfer réel de Dachau».

Quelques minutes plus tard, des jeunes GI’s, de 19 ans, ouvrent le feu sur 39 gardiens du SS-Totenkopfverbände du camp, qui firent preuve durant des mois de sadisme et de crimes contre l’humanité sur des déportés et des personnes faibles, en tuant 17. Les officiers arrêtent rapidement les tireurs, « en bottant les fesses » ou en tirant en l’air. Ces derniers expliquent que des prisonniers ont essayé de s’enfuir. Ils appliquent dès lors les consignes de méfiance données en 1943 avant le débarquement en Sicile. De fait, malgré ces actes de représailles spontanés, « les archives régimentaires à cette date indiquent que plus de cent prisonniers allemands ont été envoyés au point de rassemblement du régiment », vivants.

Dans l’Ain

En France, dès le 4 octobre 1940, l’Etat Français crée les camps de regroupement pour les étrangers de religion judaïque. De 1940 au 18 août 1844, l’Etat Français livre à l’état SS 713 convois de déportés. Dans l’Ain, la déportation et la répression allemande et vichyste est à la hauteur de leur peur. Le mode opératoire est généralement la rafle : à Nantua le 14 décembre 1943, dans le Bugey et le Valromey du 6 au 12 février 1944, l’arrestation des enfants d’Izieu par ordre de Klaus Barbi le 6 avril, rafle d’Oyonnax le 9 avril, dans le Revermont les 10 et 16 avril, à Bourg, le 10 juillet, à Oyonnax et destruction de Dortan le 19 juillet. De 1943 à 1944, 1 033 personnes sont déportées dans l’Ain : 663 hommes, 29 femmes et 41 enfants. Parmi elles 200 résistants, 708 otages raflés aveuglements, 43 déportés raciaux, 39 politiques, 4 de droit commun et 39 sans indications. Sur ce minimum de 1033 personnes seulement 426 rentrent chez elles : 393 hommes, 23 femmes et 10 enfants. La plus part n’ayant que la peau sur les os. 607 ne rentrent pas. Le 20 mai 1945, débute le retour des 6500 prisonniers de guerre dans l’Ain. Il s’achèvera vers le 15 novembre.

Commence alors la dure vie de survivant du plus grand crime organisé de l’histoire de l’humanité.

Pour nombre de survivants, l’Enfer des camps sera quotidien, après guerre, toutes les nuits jusqu’à leur mort. Un survivant, m’a ainsi raconté en détails et avec une fraicheur effroyable, les courses dans la neige à Dachau, suivit par les chiens des gardiens et un véhicule chargé d’exécuter ceux tombés à terre. Son enfer, mon oncle Jean-Baptiste l’avait tatoué sur le bras sous forme d’un chiffre.

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